le roi, le menuisier et le psychanalyste : Jacques Ferron, médecin des âmes et lecteur des Mille et une nuits


Résumé

Jacques Ferron (1921-1985) n’est ni psychanalyste ni psychothérapeute. Cet homme de lettres québécois qui, de toute sa vie, n’a jamais cessé de pratiquer la médecine, a pourtant vu la folie de près, que ce soit dans sa pratique privée ou lors de son passage dans deux asiles psychiatriques, où il officiait à titre de médecin généraliste. Avec « Dame muettes », un texte bref tenant à la fois de l’étude de cas et du conte, la sensibilité de l’écrivain se conjugue donc à l’expérience du médecin pour trouver une alternative à l’inefficacité et à la brutalité des méthodes employées pour soigner la folie. Cette alternative, c’est dans un conte tiré des Mille et une nuits, l’« Histoire de Beder, prince de Perse, et de Giauhare, princesse du royaume de Samandal », que Ferron semble en trouver l’expression la plus heureuse et la plus parfaite. Il s’approprie un fragment du récit, dont il rend à compte à sa manière : citant parfois presque mot à mot la traduction d’Antoine Galland, se permettant à d’autres endroits de significatifs écarts, il met en parallèle le destin du roi de Perse avec celui d’un menuisier du Coteau-Rouge, un quartier pauvre de la rive sud de Montréal, dont la femme semble avoir perdu l’esprit à la suite d’un accouchement. Autour de cette comparaison se mettent en place les principes d’une forme d’intervention thérapeutique singulière, dont les résultats tiennent presque du miracle, mais qui se révèle en parfait accord avec les propositions de James Hillman, père fondateur de la psychologie archétypique, pour qui l’âme humaine trouve son salut et sa guérison au contact d’une communauté aussi ancienne que l’humanité elle-même : la population des contes. Il apparaît au final que le regard à la fois littéraire et médical que porte Jacques Ferron sur la folie est bel et bien celui d’un fin psychologue, véritable médecin des âmes, à qui la lecture des Mille et une nuits permet non seulement de reconnaître et de nommer les différents visages de la déraison, mais surtout de mettre en lumière « la fonction de la folie, sa nécessité et sa beauté ».


Contexte

Cette communication a été présentée le 14 avril 2011 à Mafraq en Jordanie dans le cadre du deuxième colloque francophone international jordanien organisé par le Département des langues modernes de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Al-Albayt sous le thème « La réception mondiale et transdisciplinaire des Mille et une nuits ».


Publication

Cette communication a donné lieu à un article à paraître dans un prochain numéro de la revue Médiévales, dirigée par Danielle Buschinger.