entre prose et poésie : portrait du lecteur en funambule

Résumé

Comment un écrivain peut-il arriver à communiquer au plus grand nombre sa vision personnelle du monde ? C’est à cette question qui hante au quotidien mon travail d’écriture et qui motive l’essentiel de mes recherches que je tâche de répondre par le biais d’une réflexion inspirée par la pensée du philosophe anglais Owen Barfield (1898-1997). Considérant à sa suite qu’il existe deux façons antagonistes d’investir le langage, l’une pouvant être qualifiée de poétique et l’autre de prosaïque, je mets en lumière la nature radicalement différente des rapports entre créateur et récepteur que suppose chacune de ces approches. Je montre comment la prose favorise la communication entre l’écrivain et son lecteur à l’intérieur d’un monde partagé, déjà connu et conceptualisé par le langage, un monde dont les mots ne servent qu’à rendre compte de la façon la plus transparente possible, alors que la poésie permet d’exprimer l’expérience singulière du créateur, sa vision personnelle d’un univers que les mots ne sauraient entièrement recouvrir et que le récepteur, confronté à l’obscurité dès lors manifeste du langage, peut ou non être en mesure de recevoir comme une révélation. Partant du fait que ces approches ne sont nullement exclusives et que tout texte s’inscrit dans une tension constante entre prose et poésie, j’en arrive à suggérer qu’un écrivain conscient des ressources à sa disposition peut mettre à profit cette tension et, par un délicat jeu d’équilibres et de déséquilibres, espérer être en mesure de communiquer à un vaste public ses idées les plus singulières.

 
Contexte

Cette communication a été présentée le 8 mai 2012 au Palais des congrès (Montréal) lors du colloque « Une complémentarité à définir : le rapport du créateur à son récepteur », dans le cadre du 80e Congrès de l’Acfas.