les vertiges du récit : tension narrative et interactivité dans Le dictionnaire khazar de Milorad Pavic


Résumé

Parmi les œuvres étonnantes qui ont balisé le retour au récit des années 1980, on ne saurait passer sous silence la production iconoclaste du serbe Milorad Pavic (1929-2009), dont Le dictionnaire khazar (Belfond, 1988) a en son temps suscité un certain émoi parmi la critique : « “Étonnant”, “stupéfiant”, “surprenant”, “étourdissant”, “époustouflant”, “étrange”, “dépaysant”, “bizarre”, “inclassable”, “vertigineux”, “fabuleux”, “métaphysique”, “génial”, “prodigieux”, “fou”, “pervers”, “infernal”, “diabolique”, “abracadabrant”, “khazarissime”… ; voici [en effet] quelques-uns des adjectifs, plutôt des superlatifs, les plus utilisés dans les comptes rendus accompagnant la parution du Dictionnaire khazar » (SREBRO, 1995). Mais que peut donc nous apprendre sur le récit lui-même une œuvre aussi singulière, un « roman-lexique » qui, semble–t-il, n’emprunte au dictionnaire ses caractéristiques formelles que pour mieux repousser les limites d’une interactivité sans cesse renouvelée, sans cesse redéfinie avec son lecteur ? Que le lecteur, justement, « […] est un cheval de voltige auquel il faut enseigner à attendre, après chaque travail bien fait, un morceau de sucre en récompense » (PAVIC, 1988). Ou, en d’autres termes, que la tension narrative telle que la définit Raphaël Baroni (2006) joue un rôle essentiel dans l’appréhension d’un récit et que, dans la pleine conscience de cet état de choses, l’écrivain peut se permettre un nombre incalculable d’expérimentations formelles qui, loin de remettre en question la nature ou l’existence du récit, ne font qu’en renforcer les données fondamentales. C’est du moins l’hypothèse défendue dans cette communication qui retrace le parcours lectural vertigineux de l’une des œuvres les plus outrageusement originales du XXe siècle.


Contexte

Cette communication a été présentée le 3 janvier 2012 à l’Université Laval (Québec) dans le cadre du colloque « Penser le récit contemporain. Du déficit d’un modèle à l’exploration de nouvelles stratégies ».